Créativité
Publié par cleo le 28/09/2007
L'article original en anglais a été écrit par Hugh MacLeod
Vous pouvez consulter le texte original en le téléchargeant à cette adresse :
http://changethis.com/6.HowToBeCreative
(Merci à Donncha O Caoimh pour son autorisation à utiliser la photo de l'auteur, prise lors de la conférence It@Cork National Technology & Business de 2006)
Hugh MacLeod met en évidence la valeur de l'authenticité et de la persévérance au travail. Il nous révèle les défis liés à notre propre créativité et les récompenses qui en découlent.
Vous voulez être plus créatif en art, dans les affaires ou dans tout autre domaine. Voici quelques idées qui ont marché pour Hugh MacLeod et qu'il partage avec nous .
1. - N'écoutez personne
Plus votre idée est originale, moins les gens pourront vous donner un avis pertinent. Lorsque j'ai commencé à dessiner sur un format de carte de visite, les gens ont pensé que j'étais taré. Pourquoi est-ce que je n'essayais pas quelque chose qui pourrait être plus facilement accepté par le marché, par exemple de mignonnes cartes de voeux ou que sais-je?
Quand vous avez une idée, vous ne savez pas si c'est une bonne idée. Les autres, non plus. Vous pouvez juste avoir l'intime conviction qu'elle est bonne. Faire confiance à ses propres sentiments ce n'est pas aussi simple que les optimistes le prétendent. Nos sentiments nous effrayent et il y a de bonnes raisons à cela.
Demander un avis à des amis intimes, cela ne marche pas aussi bien qu'on pourrait l'espérer. Ce n'est pas qu'ils ne veulent pas vous aider. C'est juste qu'ils connaissent votre monde intérieur mille fois moins bien que vous, et ce, même s'ils essayent de comprendre, même si vous essayez très fort de leur expliquer.
En plus, une idée géniale va vous changer. Vos amis vous aiment mais ils ne veulent pas vous voir changer. Si vous changez, alors la dynamique de leurs relations avec vous va aussi changer. Ils aiment les choses telles qu'elles sont, ils vous aiment tel que vous êtes et pas tel que vous pourriez devenir.
Donc ils n'ont aucune envie de vous voir changer. Ils résisteront à tout processus allant dans ce sens. C'est dans la nature humaine. Vous feriez la même chose si la situation était inversée.
Avec les collègues de travail, c'est même pire. Ils ont l'habitude d'interagir avec vous d'une certaine façon. lls ont l'habitude d'avoir un certain niveau de contrôle sur leur relation avec vous. Ils désirent tout ce qui peut les faire évoluer positivement, eux. Bien sûr ils peuvent accepter de vous voir évoluer vous aussi mais ce n'est pas leur priorité.
c'est pourquoi les idées géniales provoquent toujours
Si votre idée est si géniale qu'elle modifie votre comportement au point que vous ayez moins besoin d'eux ou bien au point que -que Dieu les en préserve!- LE MARCHE aura moins besoin d'eux, alors ils s'opposeront à cette idée autant qu'ils le peuvent.
C'est dans la nature humaine, je le répète.
Les idées géniales modifient l'équilibre du pouvoir dans les relations, c'est pourquoi elles provoquent toujours une réaction initiale d'opposition.
Les idées géniales sont accompagnées d'un pesant fardeau, c'est pourquoi peu de gens en ont. Peu de personnes peuvent donc les manipuler.
2. - Une idée ne doit pas nécessairement être grande.
Elle doit juste changer le monde
Ce n'est pas la même chose.
Nous passons beaucoup de temps à être impressionnés par des gens que nous ne rencontrons jamais. Quelqu'un dont on parle dans les médias et qui possède une grande entreprise, un produit connu, qui a fait un grand film, qui a écrit un livre célèbre, etc.
Et nous passons aussi beaucoup de temps à essayer de leur ressembler. Nous cherchons ainsi à démarrer nos propres entreprises, nos propres produits, nos propres projets de films, nos propres livres ou tout autre chose.
Je suis aussi coupable que n'importe qui. J'ai tenté des tas de choses depuis des années, essayant désespérément d'arracher ma carrière des griffes de la médiocrité. Certaines activités dans le domaine des affaires, d'autres dans celui des arts, etc.
Un soir, après une nouvelle tentative avortée parmi tant d'autres, j'ai laissé tomber. J'étais assis dans un bar, avec un certain sentiment d'échec quant à mon travail et à ma vie en général et j'ai commencé à dessiner à l'arrière de cartes de visite sans aucune arrière pensée. Je l'ai fait simplement parce qu'elles étaient là et parce que cela m'amusait d'une certaine façon.
Bien sûr c'était stupide. Bien sûr ce n'était pas commercial. Bien sûr cela n'allait aboutir à rien. Bien sûr c'était une totale perte de temps. Mais en y pensant rétrospectivement, ce fut cette futilité même qui lui donna son piquant. C'était en effet à l'exact opposé de tous les grands projets que mes pairs et moi-même avions l'habitude de faire.
C'était si délassant, pour une fois, de faire quelque chose qui ne devait impressionner personne.
C'était si délassant, pour une fois, d'avoir quelque chose qui n'appartenait qu'à moi.
C'était si délassant, pour une fois, de ressentir mon propre pouvoir, de ressentir, pour une fois, une totale liberté.
Et bien sûr ce fut à cet instant précis et seulement à cet instant que le monde extérieur commença à prêter attention.
que son contenu réel ne pourra jamais le faire
.Le pouvoir que vous détenez sur votre propre travail inspirera bien plus les autres que le contenu réel de ce travail ne pourra jamais le faire. La façon dont votre propre pouvoir inspirera les autres à trouver leur propre pouvoir, leur propre sens de la liberté et leurs propres potentialités changera le monde de façon plus certaine que les mérites objectifs du travail ne pourront jamais le faire.
Votre idée ne doit pas nécessairement être grande. Il faut juste qu'elle vous appartienne en propre. Plus une idée vous appartient en propre, et plus vous détenez la liberté de réaliser quelque chose d'étonnant.
Plus cette idée sera étonnante et plus les gens vont y adhérer. Plus les gens vont y adhérer et plus elle changera le monde.
C'est ce que gribouiller sur des cartes de visite m' a appris.
3. Consacrez-y du temps
Faire quelque chose qui en vaut la peine prendra tout votre temps. 90% de ce qui sépare des gens qui réussissent de ceux qui ratent c'est le temps, les efforts et l'énergie.
On me demande souvent : "vos cartes de visite ont un format très simple. N'avez-vous pas peur qu'on vous vole l'idée?"
La réponse habituelle est : seulement s'ils peuvent en dessiner plus que moi et mieux que moi.
Ce qui donne à mon travail sa valeur intrinsèque c'est que j'ai passé des années à les dessiner. J'en ai dessiné des milliers pendant des dizaines de milliers d'heures.
Donc si quelqu'un veut voler mon idée, qu'il le fasse. Si quelqu'un veut me dépasser dans la bataille des gribouillages sur cartes de visite, qu'il le fasse. De nombreuses et longues années l'attendent dans cette bataille. Et contrairement à moi, il ne le fera pas pour le simple plaisir. Il le fera pour quelque raison mal définie, bancale et vénale. Aussi les années paraîtront encore plus longues et plus pénibles. Quelle joie pour cette personne!
Si quelqu'un dans votre domaine réussit mieux que vous, c'est probablement parce qu'il travaille plus dur que vous. Sans doute il pourrait aussi s'avérer plus talentueux, plus apte à travailler en réseau, etc. Ce ne sont pas des excuses. Avec le temps ce type d'avantage compte de moins en moins. C'est pourquoi le monde est rempli de médiocres plein de talent, familiers des réseaux et qui ont raté.
Eh bien oui le succès, cela signifie que vous avez un long chemin à faire. Comment entreprendre cela au mieux?
Comme je l'ai écrit ailleurs, ne démissionnez pas de votre travail. Je ne l'ai pas fait. J'ai travaillé tous les jours au bureau comme tout autre quidam. Je passais beaucoup de temps, en navette, dans le train, c'est donc là que je dessinais. Quand j'étais plus jeune, c'était surtout dans les bars. Mais c'est de l'histoire ancienne.
des choses magiques et étonnantes surviennent et changent votre vie
.En fait une heure ou deux dans le train c'est tout à fait faisable pour moi. Le fait d'avoir un travail de jour m'empêche de ressentir l'obligation de produire quelque chose qui soit dans l'air du temps et donc accepté par le marché. Au contraire, je fais ce que bon me semble, je le fais pour ma propre satisfaction. Et je pense que le travail n'en a que plus de puissance sur le long terme. C'est aussi plus facile de continuer ainsi de façon calme, jour après jour sans se rendre malade par cette nécessité aliénante de créativité due aux soucis d'argent.
Mon travail de jour, que j'aime vraiment, me donne à faire des choses productives et intéressantes avec mes collègues. Cela m'oblige à sortir de chez moi pendant le jour. Si j'avais été un dessinateur professionnel de bandes dessinées, j'aurais été enchaîné à ma table de travail à la maison toute la journée, menant une vie monacale, juste interrompue par de fréquents allers et retours au café. Non merci.
Pour résumer simplement, ma méthode m'a permis de tenir le coup sur une longue distance, ce qui fut important.
L'énergie est extrêmement importante aussi. Et l'énergie n'est possible que si on la gère bien. Les gens croient que tout ce qu'ils ont à faire c'est de subir le jaillissement fou, intense et sans effort de la créativité et après leurs rêves deviendront réalité. C'est faux, totalement faux.
Etre bon dans un domaine c'est comme faire du patinage artistique : être bon, c'est être capable de donner l'impression que c'est facile. Mais cela ne l'est jamais. Les idiots ont tendance à l'oublier trop facilement.
Si je commençais tout simplement à vouloir écrire, disons un roman ou une pièce de théâtre ou peut être à vouloir démarrer une société de logiciels, je n'essayerais pas de quitter mon travail afin de m'engager dans cette grande quête héroïque .
Je ferais quelque chose de plus simple. Je chercherais cette heure ou deux au cours de la journée, qui n'appartiendrait à personne d'autre qu'à moi et je la rendrais productive. Consacrez-y du temps, faites le suffisamment longtemps pour que des choses magiques arrivent, qui changeront votre vie. Bien sûr cela veut dire passer moins de temps à regarder la TV, à surfer sur le net, à sortir, etc.
Mais qui s'en soucie?
4. "Etre découvert subitement par quelque grand manitou", si c'est cela votre plan d'activité, alors votre projet échouera probablement.
Personne ne découvre jamais quelque chose subitement. Les choses se font doucement et difficilement.
Il y a un an ou deux, je me suis vu offert un marché plutôt intéressant dans l'édition. Je l'ai écarté. La compagnie m'a envoyé un contrat. Je l'ai examiné. Hummmmmmm.
J'ai rappelé la compagnie. J'ai demandé quelques éclaircissements sur certains points du contrat. Je n'ai plus entendu parler d'eux. Le marché a capoté.
C'était une grande société digne de respect. Vous en avez certainement entendu parler.
Ils ont juste dû croire que j'étais comme tous les autres qu'ils publient : affamé et désespéré et prêt à signer n'importe quoi.
Ils voulaient que je leur appartienne sans se soucier de la qualité de leur propre part du travail .
C'est ce qui arrive souvent avec les grandes maisons d'édition. Ils vous veulent à 110 % mais ce ne sera pas leur cas à votre égard. Pour eux, un artiste c'est juste un spaghetti de plus dans un grand plat de pâtes.
Lancer les pâtes contre le mur, ne retenir que celles qui restent collées et oublier celles qui tombent par terre. C'est ainsi qu'on pourrait décrire leur mode de fonctionnement dans les affaires.
Les éditeurs sont juste des contacts. Rien que cela. Si les artistes se remémoraient cela régulièrement, ils éviteraient de grands désagréments.
De toute façon, c'est vrai que j'ai eu la vision qu'un jour '"gapinvoid" (NDT : pourrait se traduire par "fixer le vide") serait un produit. On en ferait des livres, des T-shirt, des trucs. Je pense que cela pourrait rapporter si c'était traité correctement. Mais je pourrais partir sans regret si je pensais que la personne qui s'occuperait de ce type de développement ne ferait que du vent. J'ai déjà fais mon chemin. Je pourrais aussi mentionner "another career" qui marche très bien. Merci
Je pense que l'idée de faire de gapinvoid un produit est tout à fait inévitable, à l'avenir.
5. Vous êtes responsable de votre propre expérience
Personne ne pourra vous dire si ce que vous faites est bien, a du sens ou de la valeur. Plus la route est dure et plus vous serez seul.
Chaque créateur cherche "la grande idée de sa vie". Vous savez celle qui vous projettera des profondes ténèbres de l'inconnu vers les plus hautes sphères de la lumière incandescente.
Celle qui ressemble au coup de foudre amoureux.
Celle qui va vous permettre d'être invité aux événements qui comptent.
Quand après des années de labeur, de lutte, de doute, vous aboutirez enfin à "cette grande idée", c'est tout naturellement que vous vous demanderez si c'est bien "Elle".
La réponse est : non vous ne pourrez pas en être certain.
Votre torse ne se bombera pas de fierté devant ce triomphe existentiel. Cela ne se passe pas comme cela.
Tout ce que vous aurez, c'est cette petite voix intérieure qui vous dira "C'est tout à fait stupide. C'est complètement idiot. C'est une pure perte de temps. Mais je vais quand même le faire".
Et vous le ferez.
Les idées annexes comme celle de la gloire la maintiendra en vie plus longtemps.
6. Tout le monde naît avec l'esprit créatif; chaque enfant reçoit une boîte de crayons de couleur au jardin d'enfant.
Quand vous atteignez la puberté, on vous les enlève ces crayons et on les remplace par des livres sur l'algèbre, etc. Se retrouver des années plus tard frappé par le mal de la créativité, se traduit simplement par une toute petite voix à peine audible qui vous dira "je veux récupérer mes crayons de couleur, s'il vous plaît"
Cela vous démangera : vous voudrez faire quelque chose. Ecrire une pièce de théâtre, commencer la peinture, écrire un livre, monter une affaire à partir de votre recette de gâteau au chocolat. Vous ne saurez pas comment cette démangeaison vous est tombée dessus sans tambour ni trompette. Jusqu'alors vous étiez assez content de votre vrai travail, d'être une personne normale... jusqu'alors.
Vous ne savez pas si vous serez bon mais vous pensez que vous pourriez l'être. Et cette idée vous glace les sangs. Même si vous êtes bon, le problème c'est que vous ne connaissez rien dans ce domaine. Vous ne connaissez aucun éditeur, aucun agent, ni aucune de ces personnes qu'il faut connaître. Vous avez un ami dont le cousin en Californie est du métier mais cela fait deux ans que nous n'avez pas eu de contact avec lui.
De plus, si vous écrivez un livre, que se passera-t-il si vous ne trouvez pas d'éditeur. Si vous écrivez une pièce de théâtre, que se passera-t-il si vous ne trouvez pas de producteur? Et si le producteur s'avérait un escroc? Vous avez travaillé dur toute votre vie et vous serez damné si vous mettez tous vos efforts dans un projet et qu'il n'y aura pas de coffre rempli d'or au pied de ce satané arc-en-ciel...
Cette voix ce n'est pas la petite voix timide qui demande à récupérer ses crayons. C'est votre voix extérieure, votre voix d'adulte, votre voix barbante et fastidieuse qui essaye de réduire au silence la petite voix intérieure.
Vous n'en aviez pas peur au jardin d'enfants.
Pourquoi en avoir peur maintenant?
Votre voix intérieure ne veut pas que vous vendiez quelque chose, votre voix intérieure veut que vous réalisiez quelque chose. Il y a une grande différence. Votre voix intérieure s'en fiche pas mal des éditeurs ou des producteurs de Hollywood.
Foncez et faites quelque chose. Quelque chose de vraiment spécial. Quelque chose de si étonnant que les esprits en seront marqués.
Si vous essayez de faire quelque chose pour quelque marché potentiel que vous connaissez mal, vous échouerez. Si vous faites quelque chose de spécial, de puissant, d'honnête et de véridique, vous réussirez.
La voix intérieure ne s'est pas manifestée parce qu'elle a décidé que vous aviez besoin de plus d'argent ou de sortir avec des stars du cinéma. Votre voix intérieure est réapparue parce que votre âme, en quelque sorte, en dépend. Il y a quelque chose que vous n'avez pas dit, quelque chose que vous n'avez pas fait, une lumière que vous n'avez pas allumée. Et il faut que vous vous en occupiez. Maintenant.
Vous devez écouter cette voix intérieure ou bien elle mourra, ...en emportant une grande part de vous-même.
Ce ne sont que des crayons de couleur. Vous n'en aviez pas peur au jardin d'enfant. Pourquoi en avoir peur maintenant?
7. Conservez votre travail régulier
Je ne dis pas cela seulement pour la raison habituelle, à savoir que je pense que votre idée échouera. Je vous exhorte à cela parce que quitter son travail abruptement comme un acte de chevalerie épique à l'ancienne est toujours, toujours, toujours, en conflit direct avec ce que j'appelle "La théorie du Plaisir et du Fric" (NDT : les termes utilisés par Hugh MacLeod sont : the Sex and Cash Theory).
La théorie du Plaisir et du Fric : la personne créative a en principe deux sortes de boulot. L'un est plaisant et créatif. Le second est celui qui permet de payer les factures. Parfois le boulot qu'on a permet de couvrir les deux aspects mais cela n'arrive pas souvent. Cette dualité critique joue un rôle central. Elle ne pourra jamais être transcendée.
Je vous propose l'exemple de Philippe, un ami photographe de New York. Il fait des choses réellement extra pour les quotidiens mais cela ne paie pas. Cela lui permet cependant d'étoffer son portfolio. Ensuite, pendant un certain temps, il fait des photos pour les catalogues. Rien de bien excitant mais cela paie les factures.
Martin Amis est un autre exemple dans le même genre. Il écrit des romans "sérieux". Mais il doit compléter ses revenus en écrivant des articles dans des journaux londoniens (les droits sur les romans même pour des bestsellers comme ceux d'Amis ne le mettent pas complètement à l'abri).
Il en est de même pour les acteurs. Une année, Travolta jouera dans un film hyper branché comme Pulp Fiction ("le Plaisir"), et la fois d'après il jouera dans un quelconque film d'espionnage ("le Fric").
Les peintres aussi peuvent passer un mois à peindre des tableaux en bleu car ce sera la couleur que les célébrités collectionneront cette saison ("le Fric"). Ils passeront le mois suivant à peindre dans les tons rouges car c'est le rouge qu'ils adorent ("le Plaisir").
Prenons enfin les fous d'informatique : ils passeront la semaine à écrire des programmes pour quelque obscure société ("le Fric"), leur week-ends et soirées seront ensuite consacrés à écrire des programmes de jeux un peu fou pour amuser leur amis techniciens ("le Plaisir").
L'une est créative et plaisante et la deuxième sert à régler les factures.
C'est l'art de l'équilibre entre mener une vie décente tout en gardant la liberté d'être créatif. Pour moi, Gapinvoid, c'est mon esprit créatif ("le Plaisir"), il va de pair avec mon travail quotidien ("le Fric").
Je pense au jeune écrivain qui doit attendre qu'on ait fait les comptes pour lui régler ses droits alors qu'on parle de ses livres dans tous les magazines à la mode. Qui ne rêve pas au jour où sa vie ne sera plus ainsi durement écartelée.
Avec le temps l'aspect "durement" pourrait disparaître mais sans doute pas "l'écartèlement". Cette dualité critique continuera à jouer un rôle central. Elle ne sera jamais transcendée.
Dès que vous aurez compris et accepté cela, je veux vraiment dire accepté, votre carrière, pour quelque raison inconnue, commencera à évoluer favorablement. Je n'en connais pas la raison. Pour les personnes qui refusent ce clivage, qui veulent dès le premier jour quitter leur travail quotidien peu valorisant, pour se consacrer à l'écriture de bestsellers, ceux-là n'y arrivent jamais.
Cette théorie, je l'ai appelée "Le Plaisir et le Fric". Gardez-là sous le coude.
8. Les sociétés qui omettent la créativité ne peuvent plus concurrencer celles qui la valorisent.
Vous ne pouvez pas non plus obliger un collaborateur à devenir un génie.
Quand les entreprises modernes et scientifiquement élaborées furent créées dans la première moitié du 20ème siècle, la créativité fut sacrifiée sur l'autel de l'esprit d'équipe.
C'était normal. Cela rapportait plus ainsi, c'est la raison pour laquelle on a suivi cette voie.
Il y a juste un problème. Ceux qui jouent le jeu du travail en équipe n'ont pas la capacité à créer de la valeur par eux-mêmes. Ils ne sont pas autonomes. Ils ont besoin d'une équipe pour exister.
C'est ainsi que les entreprises sont emplies de penseurs sans autonomie aucune.
"Je ne sais pas. Qu'en pensez-vous?"
"Je ne sais pas. Qu'en pensez-vous?"
"Je ne sais pas. Qu'en pensez-vous?"
"Je ne sais pas. Qu'en pensez-vous?"
"Je ne sais pas. Qu'en pensez-vous?"
"Je ne sais pas. Qu'en pensez-vous?"
et ainsi de suite.
Avoir créé des entités économiquement viables où le manque de pensée originale est récompensé a donné naissance à un environnement fertile au développement de parasites. Et c'est exactement ce qui s'est passé. Nous avons maintenant des millions et des millions de vers solitaires humains qui prospèrent dans le monde occidental et qui font l'amour à leur présentation Powerpoint, se nourrissant de la créativité des autres
dans le monde occidental
en faisant l'amour à leurs
présentations Powerpointet en se nourrissant de la
créativité des autres.Que se passe-t-il dans un éco-système lorsque les parasites atteignent une masse critique?
L'éco-système meurt.
Si vous êtes créatif, si vous pouvez penser de façon indépendante, si vous pouvez intégrer la passion, si vous pouvez surmonter la peur de vous tromper, alors votre entreprise a besoin de vous plus que jamais. Et votre entreprise ne peut plus prétendre que ce n'est pas le cas.
Il est temps de secouer la poussière de votre clairon et de le faire retentir.
En revanche si vous n'êtes pas particulièrement créatif, vous allez avoir de sérieuses difficultés. Et il n'y aura aucune alarme ou "nouveau modèle à suivre" qui viendra à votre secours. On n'a peut être pas mentionné cela dans les écoles de commerce mais... les gens aiment regarder mourir les dinosaures.
9. Un Mont Everest à conquérir a été placé sur terre pour chacun d'entre nous.
Vous pouvez ne jamais atteindre le sommet; vous serez pardonné pour cela. Mais si vous ne faites même pas un effort pour atteindre la partie enneigée, vous vous retrouverez des années plus tard sur votre lit de mort avec un lancinant sentiment de vide.
La métaphore du Mont Everest ne doit pas nécessairement se manifester dans le domaine de l'art. Pour certains cela pourrait être un roman ou une peinture. Mais l'art n'est qu'un chemin pour atteindre le sommet, un parmi tant d'autres. Pour d'autres le chemin sera plus prosaïque. Arriver à gagner un million de dollars, élever une famille, avoir le plus grand nombre de franchises Burger King dans une zone de trois états contigus, construire un modèle d'avion disproportionné et fou. La liste est infinie.
Peu importe. Parlons de vous maintenant. Votre montagne. Votre Everest privé. Précisément celui-là.
Disons que vous ne l'avez jamais grimpé. Est-ce que cela vous pose un problème? Pouvez-vous juste vous dire à vous-même, "Peu importe, je n'ai jamais vraiment voulu le faire" et vous vous êtes mis à collectionner des timbres-poste à la place?
Essayez donc. Moi je ne vous croirai pas. Je pense que ce n'est pas bon pour vous de ne jamais tenter cette ascension. Et je pense que vous serez d'accord avec moi. Autrement vous ne seriez pas arrivé à ce point de votre lecture.
Il semble que vous allez être obligé de la grimper cette sacrée montagne. Songez-y.
Mon conseil? Vous n'avez pas besoin de mon conseil. Vraiment pas. Le plus grand conseil que je pourrais donner à quelqu'un c'est celui-ci :
"Admettez que votre Mont Everest à vous existe et la bataille sera à moitié engagée."
Et vous avez déjà fait cela. Vraiment. Autrement, encore une fois, vous n'auriez pas lu jusqu'ici. Foncez donc.
10. Plus quelqu'un a du talent et moins il a besoin d'accessoires appropriés
Rencontrer quelqu'un qui a écrit une oeuvre au dos d'un menu ne me surprendrait pas. Rencontrer quelqu'un qui a écrit une oeuvre avec un stylo Cartier en argent sur une table ancienne dans un loft aéré de Soho m'étonnerait beaucoup plus.
Abraham Lincoln écrivit son discours de Gettysburg sur du papier ordinaire qu'il emprunta à son ami chez qui il habitait.
James Joyce écrivit avec un simple crayon et sur un simple carnet. Quelqu'un d'autre retranscrivit le tout à la machine à écrire, mais beaucoup plus tard.
Van Gogh peignit rarement avec plus de six couleurs sur sa palette.
J'ai dessiné au dos de petites cartes de visite. Qu'importe!
Il n'y a pas de corrélation entre la créativité et la possession du matériel. Aucune. None, Nada. Niente
En fait, au fur et à mesure que l'artiste pénètre dans son art et qu'il a du succès, le nombre de ses outils tend à diminuer. Il sait ce qui marche pour lui. Dépenser de l'énergie mentale sur des choses inutiles est une pure perte de temps. Il est investi d'une mission. Il a des délais. Il a des riches clients qui le pressent dans le dos. La dernière chose qu'il veut faire c'est passer 3 semaines à apprendre à utiliser une défonceuse s'il n'en a pas besoin.
un pilier de plus pour se dissimuler .
C'est pourquoi il y a tellement d'écrivains besogneux
qui ont le tout dernier cri des ordinateurs portables.
Un outil dernier cri ne fait que donner à un médiocre le pilier de plus pour se dissimuler.
C'est la raison pour laquelle tant de directeurs artistiques médiocres disposent du Macintosh dernier cri.
C'est pourquoi tant d'écrivains besogneux acquièrent l'ordinateur portable dernier cri.
C'est pourquoi il y a tellement de mauvais photographes avec la toute dernière caméra digitale.
C'est la raison pour laquelle tant de peintres peu remarquables ont des studios hors prix dans des quartiers à la mode.
Ils se cachent derrière des piliers, tous autant qu'ils sont.
Les piliers n'aident en rien. Ils sont une entrave. Plus le pilier est costaud, plus vous vous y appuierez psychologiquement et plus il vous freinera.
Cela s'applique aux affaires aussi.
C'est pourquoi il y a tellement d'hommes d'affaires qui échouent dans leurs beaux bureaux.
C'est pourquoi il y a tellement d'échec parmi les hommes d'affaires qui dépensent des fortunes pour de beaux costumes ou des affiliations à des clubs nautiques.
Ici encore, on se dissimule derrière des piliers.
Les gens qui réussissent, que ce soient les artistes ou les autres, excellent à mettre le doigt sur les piliers. Ils excellent à ne pas s'en servir. Plus important encore, dès qu'ils ont repéré un pilier, ils excellent à s'en débarrasser très vite.
La bonne gestion des piliers est l'un des meilleurs talents que vous puissiez avoir. Si vous l'avez, je vous envie, sinon je vous plains.
Bien sûr personne n'est parfait. Nous avons tous nos piliers. Nous en avons même besoin, apparemment. Vous n'allez jamais vivre une existence libre de tout pilier. Moi non plus.
Ce que nous pouvons faire c'est continuer à nous poser la question suivante : "est-ce que c'est un pilier?" à propos de chaque aspect de nos affaires, de notre art, de notre raison de rester en vie, etc. et partir de là. Plus nous nous poserons cette question et meilleur nous deviendrons à mettre le doigt sur ces piliers et à nous en débarrasser au plus vite.
Posez cette question. Continuez à la poser encore et encore. Arrêtez de la poser et vous êtes mort.
11. Ne cherchez pas à vous distinguer de la foule. Surtout évitez les foules
La manière de faire connaître votre oeuvre doit être aussi originale que l'oeuvre elle-même. L'oeuvre doit être à l'origine d'un nouveau marché. Il n'y a aucun sens à essayer de faire la même chose que 250.000 jeunes espérant un miracle. Tous les modèles d'affaires existants sont faux. Il vous faut en trouver un nouveau.
Je l'ai observé tant de fois. Appelons le Ted. Un jeune homme dans la grande ville, à peine descendu du bus, désireux de devenir quelqu'un de célèbre : artiste, écrivain, musicien, réalisateur, etc. Il est empli de feu, de passion, d'idées. Cinq ou dix années plus tard, vous rencontrez à nouveau Ted. Il est toujours barman dans le même restaurant. Il n'est plus un jeune homme. Mais il n'est pas plus près d'avoir réalisé son rêve non plus.
Il a toujours la voix rebelle mais ses paroles dénotent un certain vide qui n'y était pas avant.
Ted a probablement choisi un chemin bien trop fréquenté. Ecrire des romans, être découvert, publier des bestsellers, vendre ses droits d'auteur au cinéma, devenir riche en cinq ans et prendre sa retraite. Quelque chose du genre.
Soyez certains qu'il y a probablement trois millions de romanciers / acteurs / musiciens / artistes-peintres / etc. avec la même idée en tête. Bien sûr Ted est spécial. Bien sûr la chance lui sourira un jour. Bien sûr ..., c'est ce qu'il n'arrête pas de vous dire en remplissant votre verre.
Est-ce que votre idée est de cet ordre-là? Si c'est le cas, je me ferais du souci.
Quand j'ai commencé à dessiner sur les cartes de visite, j'étais heureux : à cette époque j'avais un travail de salarié assez bien rémunéré à New York, que j'aimais bien. L'idée de le quitter pour rejoindre les rangs de la bohème ne m'effleura même pas. Quoi, quitter Manhattan pour Brooklyn! Au grand jamais. Je ne faisais cela que pour m'amuser le soir, pour faire quelque chose au bar pendant que j'attendais mon rendez-vous ou tout autre chose.
Il n'y avait aucune stimulation commerciale ni aucun agenda qui dictait mes actions. Si je voulais dessiner au dos des cartes de visite au lieu de le faire sur un support approprié, je pouvais le faire. Si je voulais utiliser un mot à 5 lettres, je pouvais le faire. Si je voulais abandonner les dessins figuratifs pour de l'abstraction psychotique, je pouvais le faire. Il n'y avait aucun média ou éditeur à contenter. Et même mieux il n'y avait aucun archétype de style de vie artistique auquel se conformer.
Cela m'a donné beaucoup de liberté. Cette liberté a porté ses fruits plus tard.
Interrogez-vous sur la quantité de liberté que vous donnera le chemin suivi. Soyez sans pitié à ce sujet.
C'est votre liberté qui vous mènera là où vous voulez aller. Une foi aveugle en un mythe vaniteux et trop couru vous freinera.
Est ce que votre idée est unique? N'y a t-il pas quelqu'un d'autre qui a la même? Alors cela me passionne. Cela m'effraye un peu mais me passionne.
12. Si vous acceptez la souffrance alors vous n'aurez pas mal.
La souffrance de faire les sacrifices nécessaires fait plus de mal qu'on ne le pense. Je sais. C'est nul. Cela étant dit, faire quelque chose de vraiment créatif est une des expériences les plus étonnantes qu'on puisse avoir dans une vie. Si vous pouvez la mener à bien, cela en vaut le peine. Même si vous n'y arrivez pas, vous apprendrez plein de choses incroyables, magiques et de valeur. Ne pas l'avoir fait quand vous auriez pu, c'est cela qui vous fera plus de mal que tout échec éventuel.
Franchement, je crois que vous réussirez mieux en partant de la supposition que vous ne recevrez aucune récompense, que vous ne recevrez pas la reconnaissance méritée, que cela ne vaudra ni le temps investi ni les efforts consentis.
L'avantage visible de cette approche c'est que si quelque chose de bon en sort, alors cela pourra être considéré comme un bonus.
On peut mentionner un autre avantage, plus profond et plus subtil : en renonçant à tout espoir de reconnaissance mondiale et d'amélioration sociale par rapport à l'acte créatif, vous vous retrouverez avec une seule réponse à donner.
Est-ce que vous allez vous y mettre ou pas?
Une fois que vous vous serez donné la vraie réponse à vous-même, le reste sera facile.
13. Ne comparez jamais votre vie intérieure avec le mode de vie visible de quelqu'un d'autre.
Plus vous pratiquerez votre art, moins vous confondrez les récompenses extérieures avec les récompenses spirituelles et vice versa. Même si votre chemin ne conduit pas à l'argent ou ne fait pas évoluer votre carrière, il pèse par sa valeur intrinsèque.
Lorsque j'avais 16 ou 17 ans à Edimbourg, je connaissais vaguement ce gars qui possédait le magasin appelé "Cinders" dans la rue St Stephen. Il était spécialisé dans la restauration d'antiques feux ouverts.
Le modus operandi de Cinders était très simple : acheter pour une croute de pain des feux ouverts de l'époque victorienne ou de celle du roi Georges V, provenant de vieilles maisons en ruine, les retaper de façon rapide mais sympathique dans son atelier et les revendre très cher à des parvenus.
A l'époque j'avais une curiosité insatiable sur la façon dont les gens gagnaient leur vie (je l'ai toujours d'ailleurs). Ainsi un jour qu'il était assis sur le pas de sa porte, je bavardai avec le gars du magasin à ce sujet.
Il m'a parlé des aspects positifs de son commerce : la recherche de vieilles maisons, son travail d'artisan, les relations avec la clientèle et bien sûr ses profits.
Le gars semblait tout à fait fier de son travail. A la manière dont il le décrivait, il donnait l'impression de l'aimer et de bien s'en sortir dans la vie. L'Ecosse traversait une période de récession à l'époque : le taux de chômage était élevé et l'argent se faisait plus rare. Je pense que pour un hippie prenant de l'âge les choses auraient pu être pires.
Je ne sais pas si des enfants auraient dit "Chouette quand je serai grand, je m'occuperai de restaurer des feux ouverts". Ce n'est pas une activité très répandue dans le monde. Je lui demandai ce qu'il en pensait.
l'une des expériences les plus étonnantes
que l'on puisse faire dans cette vie
.Il me raconta qu'il avait été antiquaire. "Les gens qui dépensent beaucoup d'argent dans les antiquités sont aussi ceux qui dépensent beaucoup d'argent à restaurer leur maison", me dit-il. "En fait j'ai eu le déclic juste en parlant avec les gens dans mon magasin d'antiquités. A l'époque il y avait beaucoup trop d'antiquaires à Edimbourg et j'essayais de trouver une manière plus facile de gagner ma vie".
Comme tous les bons boulots dans le monde, ils ont tendance à surgir par hasard.
"Certains de vos feux ouverts sont vraiment beaux", dis-je. "Cela doit être dur de s'en séparer".
"Ce n'est pas le cas",répondit-il (c'est cette partie de notre conversation dont je me rappelle le mieux). "Ce que je veux dire, c'est que je les aime mais comme ils prennent tellement de place , ils sont tellement grands et imposants que je suis content de m'en débarrasser une fois qu'ils sont vendus. Je veux qu'ils quittent le magasin aussi vite que possible et que l'argent soit dans ma poche. Les vendre c'est facile pour moi. Ce n'est pas comme les objets antiques. J'ai toujours adoré les antiquités. Je tombais amoureux de mon inventaire. Je m'accrochais aux meilleures pièces. Inconsciemment je les évaluais à un prix élevé de façon à ce qu'elles ne quittent pas le magasin".
J'étais jeune et idéaliste et je lui dis que je trouvais cela triste. "Pourquoi choisir de vendre un seul produit (à savoir les feux ouverts) alors que vous pourriez gagner votre vie en vendant des choses qui vous tiennent à coeur (à savoir les antiquités)? Cette deuxième option devrait constituer une façon plus agréable de travailler".
"La première règle en affaire", dit-il en souriant devant tant de naïveté," c'est de ne jamais vendre quelque chose que vous aimez. Autrement vous pourriez tout aussi bien vendre vos enfants."
Quinze ans plus tard, je suis dans un bar à New York. Une vague connaissance regarde mes dessins. Elle me demande si je les publie. Je lui réponds que non, que c'est juste un passe-temps, que je travaille dans la publicité.
"Pourquoi diable travailler dans la publicité", dit-il, en désignant mon portfolio. "Tu devrais faire tes dessins, exposer dans des galeries et tout le bazar"
"La publicité c'est juste des feux ouverts",dis-je en parlant dans mon verre"
"Qu'est-ce que tu racontes?"
"Oh rien d'important"
14 Mourir jeune a la cote
J'ai rencontré tellement de jeunes qui ont voulu prendre de la drogue et de l'alcool pour être un meilleur artiste, disaient-ils. Un choix qui manquait d'intelligence, d'originalité, d'efficacité, qui n'était pas sain et qui ne se terminait jamais dans la joie.
L'histoire n'est que trop familière : un jeune qui s'intéresse à la vie de Charlie Parker, Jimi Hendrix ou Charles Bukowski et qui décide que leur exemple poétique bien qu'entâché lui donne la permission et/ou l'absolution pour passer la prochaine décade ou deux à se noyer dans ses propres vomissures métaphoriques.
brûlant leur vie par les deux bouts dans l'espoir de
trouver à tout prix un raccourci vers le succès
Bien évidemment plus on devient vieux et plus les pertes sont grandes. Les ravages du temps sont plus rapides. Ils n'en deviennent que plus pathétiques. Les oeuvres à montrer sont de moins en moins remarquables, malgré leurs expériences étonnantes et leurs visions intérieures différentes.
Plus l'artiste est intelligent et doué et moins il suivra ce chemin. Sans doute gâchera-t-il certaines opportunités quand il sera jeune et stupide mais dans l'ensemble il évoluera plus rapidement que la majorité.
Le jeune pense, cependant, que tout est question de talent, de potentialité. Il sous-estime la part importante jouée par la discipline et l'enthousiasme. Bien sûr Bukowski et les autres sont des exceptions. C'est pourquoi nous aimons leurs histoires quand nous sommes jeunes. Ce sont en effet des histoires exceptionnelles. Et tout jeune qui a une guitare ou un stylo ou une idée veut être exceptionnel. Les jeunes en général sous-estiment la compétition à laquelle il faut faire face et surestiment la chance. Ils sont enclins à croire qu'il y a moyen d'y arriver sans devoir travailler dur.
C'est pourquoi les bars de l'ouest de Hollywood et de New York sont remplis de personnes brûlant la vie par les deux bouts dans l'espoir de trouver, à n'importe quel prix, un raccourci vers le succès. Beaucoup parmi eux ne sont plus si jeunes, leur plan de carrière ayant été emporté par la vodka-tonic il y des années de cela.
Entre temps la concurrence est bien là et les balayera
15 Le plus important pour un créateur, d'un point de vue professionnel, c'est d'apprendre à tirer le trait rouge qui séparera ce qu'il aura la volonté de faire de ce qu'il ne voudra pas.
L'art souffre à partir du moment où des gens commencent à payer pour cela. Plus vous avez besoin d'argent et plus les gens vous dicteront quoi faire, plus vous perdrez le contrôle et plus vous devrez composer et votre plaisir en sera amoindri. Vous devez le savoir et agir en conséquence.
Récemment, j'ai entendu Chris Ware. Il fait partie des deux ou trois meilleurs dessinateurs de bandes dessinées du monde et il décrivait sa profession comme "non profitable".
Quand le gars au sommet de l'échelle que vous êtes en train d'escalader décrit la vue du sommet comme étant "non profitable", il vaut mieux vous en soucier.
Je connais Chris depuis l'Université du Texas. Plus tard, dans les années 1990, je l'ai rencontré traînant du côté de Wicker Park à Chicago, ce fameux quartier rempli d'artistes, pendant qu'il préparait son "masters" à l'Ecole de l'Institut des Beaux Arts et que moi je travaillais comme rédacteur junior de slogans publicitaires chez Leo Burnett. Nous n'étions pas amis mais avions des amis communs. C'est un gars sympa et bourré de talent.
J'ai suivi sa carrière depuis l'époque où il était un étudiant plein d'avenir jusqu'au moment où il est devenu une star des bandes dessinées. Ce fut très gai à suivre. C'est particulièrement encourageant quand des gens que vous connaissez deviennent fameux et le méritent. Mais ce fut aussi utile pour moi d'observer de tout près les réalités liées à la profession de dessinateur, les bonnes comme les mauvaises. Ce n'est pas mal d'avoir un instantané de la réalité.
Son exemple m'a éclairé, il y a 5 à 10 ans lorsque je suis arrivé à ce point où mes dessins sont devenus suffisamment bons pour pouvoir les éditer de façon professionnelle. J'ai observé le marché, le type de vie que Chris et les autres comme lui menaient. J'ai vu les gars dans ce commerce, réclamant des dessins. J'ai vu la planète illusoire où vivaient la plupart des éditeurs de bandes dessinées et j'ai dit : "Pas de ça, oh non".
En y réfléchissant encore un peu plus, je pense que si je suis resté dans la publicité c'est surtout parce que entendre :"il faut modifier ce slogan" m'agace nettement moins que :"il faut modifier ce dessin". Même si les compromis que l'on fait quand on invente des slogans publicitaires sont souvent importants, on n'a pas à le prendre de façon trop personnelle. C'est en fait leur produit, leur argent. C'est pourquoi il est plus facile alors de placer des limites saines. Avec les dessins, je trouve cela tout simplement impossible.
Le plus important pour une personne créative, d'un point de vue professionnel, c'est de savoir où tirer ce trait rouge qui séparera ce qu'on veut bien concéder de ce qu'on ne veut pas. C'est ce trait rouge qui délimitera votre domaine de liberté, qui définira votre sphère privée dans la créativité. Les merdes que vous accepterez et celles que vous n'accepterez pas. Les concessions que vous accepterez de faire et celles que vous refuserez. Le prix que vous serez prêt à payer et celui que vous refuserez. Chacun de nous est différent et ce trait rouge ne sera pas toujours placé au même endroit. Chacun a sa propre Théorie du Plaisir et du Fric
Quand je rencontre quelqu'un "en train de souffrir à cause de son art", c'est toujours lié au fait qu'il ne sait pas où se trouve ce trait rouge, qu'il n'a pas fixé les limites de son domaine de liberté.
Celui-ci pensait en quelque sorte que cet obscur producteur n'allait pas lui demander de massacrer son film avec d'incessantes modifications. Hélas! Cet autre pensait que ce propriétaire de galerie d'art était un homme d'affaires compétent. Hélas! Cet autre encore pensait que cet éditeur allait promouvoir son roman de façon efficace. Hélas! Celui-là encore pensait que cet investisseur de capitaux à risques serait moins pingre quant aux fonds accordés pour sa start-up. Hélas! Ce dernier pensait que son président directeur général appuierait ses nouveaux objectifs de marketing. Hélas!
Savoir où tirer ce trait rouge c'est comme se connaître soi-même, c'est comme savoir qui sont ses vrais amis. Certains y arrivent mieux que d'autres. La vie n'est pas juste.
16. Le monde est en constante évolution.
Certains sont au fait des tendances, d'autres, non. Si vous voulez être encore en affaires dans 5 ans, je ne peux que vous conseiller d'écouter attentivement les premiers et d'éviter les seconds. C'est mon humble avis.
Votre travail vaut probablement 50% de ce qu'il valait il y a 10 ans. Et qui sait, il pourra avoir disparu dans 5 à 10 ans.
Nous avons tous été témoins de la dégringolade du monde de la publicité il y a 10 ans . Notre réaction première c'était "il faut travailler plus dur".
Ca n'a pas marché. Les gens ont été congédiés par milliers. Là bas au dehors, le monde est froid.
Nous pensions qu'avec notre talent nous serions épargnés. Nous pensions que travailler tard et les week-ends nous auraient épargnés. Nullement.
Nous pensions que l'internet, ce nouveau grand machin, ces nouveaux médias et cette nouvelle technologie nous auraient épargnés. Nous pensions que tout cela comblerait les lacunes de ces solutions intellectuelles voués de plus en plus à l'échec que nous proposions à nos clients. Ce ne fut pas le cas.
c'est souvent parce qu'il ne sait pas où passe le trait rouge;
il ne sait pas où commence sa liberté
.Quoi qu'il en soit, le monde peut bien changer, de nouvelles technologies, de nouveaux modèles d'entreprise, de nouvelles architectures sociales peuvent bien poindre, la seule chose dont ces "Nouvelles Réalités" ne pourront vous dépouiller c'est la confiance.
Les gens en qui vous avez confiance et vice versa. C'est ce qui vous nourrira et contribuera aux études de vos enfants. Rien d'autre.
Ceci est vrai que vous soyez un artiste, un écrivain, un docteur, un technicien, un avocat, un barman : arrêtez de vous soucier de technologie. Souciez-vous plutôt des gens qui vous font confiance.
Afin de naviguer dans "Les Nouvelles Réalités", vous vous devez d'être créatif - pas seulement dans votre profession mais PARTOUT. Votre façon de regarder le monde devra être de plus en plus fertile et original. Et ce n'est pas seulement vrai des artistes, des écrivains, des techniciens, des directeurs artistiques et des PDG, c'est vrai pour TOUS : les portiers, les réceptionnistes, les conducteurs de bus, etc. La barre a juste été placée un cran au-dessus.
Les anciens modèles sont morts. Et vous devez vous entourer de personnes qui sont en accord avec vous.
Cela veut dire passer plus de temps avec les gens créatifs, les passionnés, les vrais visionnaires, ce que vous ne faites pas assez maintenant.
Pensez plus à ce que sont leurs besoins et répondez-y. Peu importe le domaine - l'architecture, la publicité, la pétrochimie - vous les trouverez facilement si vous faites un effort, si vous avez quelque chose de valable à leur offrir. Evitez les empotés, ceux qui ne prennent pas de risque. Ils ne peuvent pas vous aider de toute façon. Leur modèle de stabilité n'offre plus tellement de stabilité. Ils sont en train de disparaître. Ils sont synonymes de disparition.
17. Le mérite peut s'acheter. Pas la passion.
Les seules personnes qui peuvent changer le monde sont celles qui le veulent vraiment. Et tout le monde ne le veut pas.
Les être humains ont cette chose en commun que j'appellerai le "gène du ras le bol". C'est cette petite part de notre psychisme qui nous rend mécontents de notre sort même si la bonne fortune nous a particulièrement gâtés.
Il a sa raison d'être. A l'époque des cavernes, en avoir ras le bol nous obligeait à nous magner le train, à sortir de nos cavernes, à nous aventurer dans la toundra pour chasser les mammouths à fourrure. Nous avions ainsi de quoi manger. C'est un mécanisme de survie. Particulièrement utile à l'époque, particulièrement utile maintenant.
C'est ce gène du ras le bol qui nous incite à créer quelque chose - des dessins, des sonates au violon, des sociétés d'emballage de viande, des sites internet. C'est ce même gène qui nous a amené le feu, la roue, l'arc et les flèches, la plomberie, les ordinateurs. La liste est infinie.
Comprendre ce besoin de créativité c'est aussi comprendre que c'est primordial. Changer le monde n'est pas une vocation noble c'est une vocation primordiale.
Nous pensons avoir fourni un "système de logistique intégré d'un niveau supérieur" ou nous avons "aidé l'Amérique à goûter la fraîcheur". En réalité nous en avions simplement ras le bol et nous voulions sortir de nos cavernes pour tuer les mammouths à fourrure.
Soit vos affaires vous permettent d'aller chasser le mammouth à fourrure soit elles ne vous le permettent pas. Evidemment beaucoup d'emplois de bureau vous permettent de gagner des tonnes d'argent et de rester assis dans votre bureau-caverne du coin et de faire semblant de chasser. C'est bien triste mais ce qui est encore plus triste c'est que vous acceptiez l'argent.
18. Eviter la bande du distributeur d'eau fraîche
C'est une bande pleine de bonnes intentions mais qui fait de l'obstruction.
A l'époque où je débutais dans une grande société de publicité, ça m'énervait d'entendre la "Bande du distributeur d'eau fraîche" se plaindre constamment.
"La Bande du distributeur d'eau fraîche", c'était le terme que j'utilisais pour désigner ceux qui travaillaient alors dans cette activité.
Des groupes de créateurs médiocres, hors du coup depuis des années et pressés comme des citrons par les directeurs artistiques pour en extraire la dernière goutte de jus qu'ils pouvaient encore donné, jusqu'au moment où ils étaient licenciés sans grand frais. Ils allaient trop souvent au distributeur d'eau fraîche et revenaient trop souvent saoûls de leur déjeuner. Ils travaillaient tard la nuit et les week-ends sur des projets barbants mais rentables, pressés tels des citrons encore et encore.
mais votre carrière n'en est pas moins dans le gouffre
Je me souviens de certaines semaines où l'on pouvait passer une demi-heure par jour à écouter Ted se lamenter.
Ted avait eu un bureau avec fenêtre mais il se trouvait maintenant dans un bureau cloisonné depuis cette désastreuse réunion avec le client X. Il venait me voir dans mon propre bureau cloisonné au moins une fois par jour et ça commençait. Se plaindre encore et encore... à propos de tout : de Josh, cet enfant chéri qui n'écrivait que des merdes et qui était hypocrite, ou comment ils ont choisi la pub de Mademoiselle mini-short plutôt que la sienne, "même si la mienne était meilleure et que tous ces salauds le savaient"...
Comme je le disais, peu importe.
C'était sans fin... Blablabla... Mais oui Ted, je t'aime bien, t'es super mais ferme-la...
En y réfléchissant c'est l'exemple de Ted qui m'a enseigné une leçon terrible. A l'époque j'étais trop jeune et trop naïf pour en tirer cette leçon : que votre bureau pouvait être inondé de trophées "Clio" ou "One Show" mais que votre carrière n'en était pas moins dans le gouffre.
Comprenez-moi bien, ma carrière à l'époque était un beau désastre. Ceci n'est pas la situation où l'un des Alphas se moque des Betas. C'est un Gamma qui se moque des Betas.
Je suis en train de déjeuner avec mon collègue, John, qui a à peu près mon âge, dans ce restaurant en bas de la rue, non loin de l'agence. Il sert de la nourriture thaïlandaise peu coûteuse et savoureuse.
je suis jeune et bon marché. A la minute où je ne le serai plus, je serai mort
"Il faut que je quitte cette agence", dis-je.
"Je pensais que tu aimais ton travail" répondit John.
"C'est vrai", dis-je. "Mais la seule raison pour laquelle ils me gardent c'est que je suis jeune et ne coûte pas cher. A la minute où ce ne sera plus le cas, je serai mort".
"Comme Ted", dit John.
"Ouais ... lui et toute la bande du distributeur d'eau fraîche"
"Les porteurs d'eau fraîche" dit en riant John.
On s'est bien marré aux dépens de nos pauvres et malheureux aînés. Franchement nous n'éprouvions pas beaucoup de sympathie pour eux. Leur vie était sans doute un enfer à cette époque mais ils eurent leurs moments de gloire. Ils ont remporté des prix, se sont envolés pour les Bahamas pour filmer de la publicité pour papier toilette avec des stars de cinéma et tout le tralala. Contrairement à nous les jeunes qui venions de terminer nos études depuis deux ans et devions encore prendre nos marques dans cette industrie où nous nous sommes engagés avec autant de passion et d'espoir que n'importe quel être vivant.
Nous avions vendu quelques pubs dans les journaux, une page ou l'autre dans des magazines mais tout ce qui tournait autour de la télévision était loin de portée. Jusqu'alors l'agence pour laquelle nous travaillions devait encore nous permettre de briller. Etait-ce notre faute ou bien la leur? Sans doute un peu des deux, mais à l'époque c'était entièrement "leur faute bon sang!" C'est sûr, quand on a 24 ans, tout est de leur faute, bon sang!
C'est évident, tout est de "leur faute!" quand on a 24 ans
.J'ai quitté mon travail un an plus tard. John resta en poste à l'agence pour quelque raison mal définie. Cinq ans plus tard il se maria et eut très vite un enfant. Avec sa famille à nourrir, il ne pouvait plus se permettre d'être licencié. Le Directeur artistique le savait et commença à le presser comme un citron.
"Ca ne t'ennuie pas de travailler ce week-end, John, n'est-ce pas? Bien. Je le savais. Nous savons combien l'équipe compte sur toi pour respecter les délais. C'est pourquoi tu es tellement apprécié, John".
La dernière fois que j'ai vu John, il travaillait encore dans cette horrible petite agence pour un salaire moindre que celui qu'il avait au départ. En fin de compte cette agence l'a foutu à la porte une semaine après les deux ans de son enfant.
Nous sommes à nouveau assis dans ce restaurant thaïlandais. Nous déjeunons en souvenir du bon vieux temps. On prend plaisir à se remémorer le travail soi-disant artistique que nous faisons toujours. C'est une conversation agréable juste perturbée par le fait que le mot "distributeur d'eau fraîche" me trotte dans la tête.
19. Laissez votre empreinte
Picasso était un excécrable coloriste. Turner n'arrivait pas à peindre correctement des personnages. Les techniques de dessin de Saul Steinberg étaient épouvantables. T.S. Elliott avait un travail quotidien à plein temps. La qualité du travail d'écrivain de Henry Miller n'était jamais constante. Bod Dylan chantait mal et jouait mal de la guitare.
Cela ne les a pas arrêtés, n'est-ce pas,?
Devinez quelle est la question suivante : "pourquoi?"
Je n'en ai pas la moindre idée. Pourquoi donc?
20. Le choix du média n'a pas d'importance
La grande force d'un support de communication c'est aussi sa grande faiblesse. Quel que soit le moyen, il entraînera des compromis de base. L'un n'est pas "meilleur" qu'un autre. Une peinture n'est pas un moyen plus efficace. Elle est juste suspendue à un mur. Elle peut être la meilleure et la pire des choses. Un film est un ensemble de sons, de mouvements, de photographies, de musique, de jeu d'acteurs. Il peut être la meilleure et la pire des choses. Faire de la prose, c'est agencer des mots de façon linéaire. Elle peut être la meilleure et la pire des choses, etc.
En secondaire, j'excellais en anglais. Je ne voulais pas devenir, enseignant, écrivain ou universitaire. C'était juste un sujet où j'obtenais constamment de bonnes notes. Qui plus est j'aimais lire et écrire des dissertations. Cela marchait donc bien pour moi.
être un gars ordinaire, avec un hobby passionnant à côté
La plupart de mes amis étaient diplômés de l'enseignement supérieur artistique. Mais là s'arrêtait toute similitude. Nous ne sommes vraiment jamais allés en classe ensemble. On se voyait le soir ou les week-ends mais je n'ai jamais eu de vrais relations sociales avec aucun de mes collègues de classe.
Ce fut toujours surprenant pour moi de rencontrer ces diplômés dans les domaines comme les beaux arts, le cinéma, le théâtre, l'architecture. Ils donnaient l'impression de vivre en symbiose. Il me semblait qu'ils travaillaient, mangeaient et dormaient ensemble. Beaucoup de camaraderie, de collaboration. Beaucoup de promiscuité. Beaucoup de discours sur le caractère sacré de leur art.
C'est vrai qu'un dessin humoristique ne requiert qu'une personne pour le réaliser. C'est la même chose pour une oeuvre écrite. Aucun grand rassemblement fraternel n'est nécessaire. Cette vie communautaire m'était particulièrement étrangère même si certains aspects me semblaient tout à fait sympathiques.
Au cours de ma seconde année d'études supérieures, j'ai commencé à publié mes dessins, pas seulement les dessins académiques. Tout à coup ce fut plus facile avec les filles. J'en étais ravi, je peux vous en assurer mais la vie continuait cependant sans grand changement pour moi.
Je suppose que mes amis pensaient que faire des dessins humoristiques c'était quelque chose de sympa mais cela n'affectait en rien notre amitié. C'était juste quelque chose que je faisais à côté, du genre de ceux qui restaurent de vieilles voitures, qui développent eux-mêmes leurs photos dans un laboratoire artisanal.
Ma façon de fonctionner c'était, et ça l'est toujours, d'avoir une vie normale, d'être un gars ordinaire, avec un hobby formidable en plus. Rien à voir avec la physique nucléaire.
qui se sont mariés à la discipline choisie pour de mauvaises raisons
.Mon attitude était en quelque sorte totalement à l'opposé de ces diplômés. Leur sujet d'étude, c'était une religion pour eux. C'était sérieux, C'était important. Cela faisait partie de leur identité et c'était pratiquement comme si le monde dépendait de leur capacité à poursuivre leur rêve et que leur profession leur donnerait la récompense attendue, etc.
Ne vous y tromper pas : je connais quelques diplômés des beaux arts qui sont absolument brillants. L'un ou l'autre est devenu même fameux. Et je sais bien que si vous avez un don, il est important de le développer avec persévérance.
Cependant quand je regarde en arrière, je vois un tas de jeunes excentriques qui se sont mariés à la discipline artistique choisie pour de mauvaises raisons. Non pas parce qu'ils avaient quelque chose d'unique ou de visionnaire à exprimer mais parce que c'était branché. Parce que c'était super intéressant. Parce que c'était tendance. Parce que cela leur donnait des sujets de discussion lors des soirées. Parce que c'était plus facile que de penser à trouver un travail après les études.
J'ai deux sentiments à cet égard. D'une part je trouve que c'est bien pour les jeunes de déconner en ayant de grandes ambitions un peu démesurées car sans doute l'un ou l'autre réussira et survivra à la grande hécatombe. Etre jeune, c'est cela aussi et je pense que c'est formidable.
L'autre partie de moi voudrait dire à ces jeunes de faire attention à ne pas choisir des formes artistiques difficiles pour de mauvaises raisons. On peut prendre des risques quand on est jeune mais il faudra payer l'addition un jour ou l'autre, plus loin dans sa vie. Et cela ce n'est pas joli. J'ai vu cela arriver plus d'une fois à des personnes gentilles que je chérissais et ce fut bouleversant d'en être témoin.
21. Vendre c'est plus difficile qu'il n'y paraît.
Modifier votre produit pour le rendre plus "commercial" le rendra moins attractif pour les gens.
Des années en arrière, à peine sorti de mes études supérieures, j'ai commencé à me trimballer d'une agence publicitaire à l'autre pour essayer de décrocher mon premier job.
Un beau jour un directeur artistique m'invita à venir lui montrer mon portfolio. Hourra!
Je suis donc allé à son bureau et lui montrai mon travail. Rien dans mon travail n'était terrible. Absolument rien.
Pour vous citer un exemple parmi les pires :"Avant j'avais l'habitude de nettoyer avec Déterjo mais maintenant je nettoie avec Proprextrêm fraîcheur citron", ce genre de foutaises idiotes pour ménagère.
Le directeur artistique était un gars sympa. On pouvait deviner qu'il avait une piètre opinion de mon travail mais il était bien trop poli pour tout balayer d'un revers de manche. Enfin il confessa tranquillement que cela ne le convainquait pas beaucoup.
"Vous savez le marché cible ce sont les ménagères des classes moyennes" dis-je en radotant. "Elles sont très conservatrices, aussi ai-je dû édulcorer..."
"Vous pouvez édulcorer seulement si vous avez le marché et que le client vous poursuit avec un grand fer chauffé à blanc pour vous y obliger", dit-il en riant. " Jusqu'à cet instant c'est la version non édulcorée qu'il faut me montrer".
Cette histoire n'arrive pas seulement en publicité. Elle arrive partout.
22. Tout le monde s'en fout. Faites-le pour vous-même.
Chacun est trop occupé par sa propre vie pour se soucier vraiment de votre livre, de votre peinture, de votre pièce de théâtre, etc., surtout si vous ne l'avez pas encore vendu. Et ceux qui s'y intéressent, vous n'aurez vraiment pas envie de les croiser dans votre vie.
Faire toute une histoire autour de votre truc créatif, c'est votre fin annoncée. C'est tout ce que j'ai à vous dire sur le sujet.
23. S'inquiéter de l'aspect commercial par rapport à l'aspect artistique c'est une pure perte de temps
Vous pouvez discuter de "l'état déplorable de la Littérature américaine" jusqu'à ce que les poules aient des dents. On s'en plaignait en 1950 et on s'en plaindra encore en 2050.
C'est un sentier trop battu. Ce n'est pas un sujet qui amènera des idées pénétrantes et bouleversantes.
Beaucoup aiment rabâcher les sujets. Cela leur permet de ne pas s'aventurer sur des terres inconnues. C'est plus sécurisant. Cela permet de témoigner d'émotions et d'opinions fortes sans grands risques, sans devoir faire tout le travail dur et réel qui consiste à fabriquer et vendre le produit auquel vous croyez.
A mon sens le problème n'est pas que Tom Clancy vend des tonnes de bouquins ou qu'un gagnant du Prix Nobel ne vend que dalle. Ce ne sont que des chiffres, une distraction. Pour moi, il s'agit de ce que VOUS allez faire du peu de temps qu'il vous reste sur terre. Ce sont des critères différents de toute façon.
Franchement, la façon dont quelqu'un nourrit et développe sa propre "liberté créative" avec ou sans l'aide du monde en général est à mon sens un sujet bien plus intéressant.
24. Ne vous inquiéter pas à propos de l'inspiration. Elle vient avec le temps
L'inspiration mène au désir de créer et pas l'inverse.
L'une des raisons pour lesquelles je me suis mis à dessiner à l'arrière de cartes de visite c'est parce que je pouvais les transporter facilement avec moi. Comme je vivais au centre-ville, je passais beaucoup de temps à circuler sur les routes. Je voulais une forme d'art qui me conviendrait par rapport à cette situation.
Ainsi, je pouvais marcher dans les rues et si l'envie soudaine de dessiner quelque chose me prenait, je pouvais me diriger vers un banc public ou un café, sortir une carte de visite vierge de mon sac et me mettre à faire mon truc. Tranquillement, sans effort, sans bruit. J'aimais ça.
Avant quand je faisais de grands dessins et qu'une idée me prenait alors que j'étais en train de marcher, je devais tout abandonner et me dépêcher de rentrer au studio pendant que l'inspiration bourdonnait encore dans ma tête. Neuf fois sur dix, arrivé au bureau, l'inspiration avait disparu, rendant l'exercice complètement inutile. Bien sûr je faisais quand même des dessins mais ils semblaient toujours venir de ma mémoire et non pas de quelque chose jaillissant à ce moment particulier.
Si vous organisez votre vie de façon à faire plein d'embarras entre le moment où l'inspiration vient et le moment où vous vous mettez au travail, vous mettez la charrue avant les boeufs. Vous créez certainement une situation mélodramatique contre-productive du genre "Moi, l'Artiste, je dois créer, je dois laisser quelque chose à la postérité!". Ce n'est intéressant ni pour vous ni pour personne d'autre.
Vous devez trouver une manière de travailler qui vous permette de tirer facilement parti de vos moments d'inspiration. Cela n'arrive jamais à un moment convenable et cela ne dure pas longtemps.
De la même manière, ne pleurnichez pas trop après un "bloc-note", un "bloc à dessin" ou que sais-je. Un bloc-note c'est juste un symptôme de ce que vous n'avez rien à dire, accompagné de l'idée bizarre que vous DEVRIEZ ressentir le besoin de dire quelque chose.
Pourquoi? Si vous avez quelque chose à dire, alors dites-le. Sinon jouissez du silence tant qu'il dure. Le bruit reviendra bien assez tôt. Entre temps vous feriez mieux de sortir dans le grand et vaste monde, d'avoir des aventures et de vous ressourcer. Essayez de créer alors que vous n'en ressentez pas le besoin, c'est comme entretenir une conversation juste pour parler. Ce n'est vraiment pas un échange. C'est juste babiller comme un vieux pilier de bar ivre.
25. Vous devez trouver votre propre truc
On reconnaît un Picasso entre mille. Il en est de même d'une oeuvre d'Hemingway ou d'une symphonie de Beethoven. Devenir un maître dans une matière c'est apprendre à chanter avec sa propre voix, différente de toutes les autres.
Chaque artiste cherche ce grand moment de révélation qu'il soit un maître ou non.
Ce moment où il trouve sa vraie voix, une fois et pour toute.
Pour moi ce fut quand j'ai découvert le dessin à l'arrière des cartes de visite.
Un autre exemple plus fameux et remarquable c'est la découverte par Jackson Pollack de la peinture projetée sur une toile. On pourrait citer aussi Robert Ryman, et ses toiles blanches; Andy Warhol et la sérigraphie; Hunter S. Thompson et son journalisme "Gonzo"; Duchamp et ses "objets tout fait"; Jasper Johns et son drapeau américain; Hemingway et son style concis; James Joyce et sa prose liée à la technique du courant ou flux de conscience
qu'il soit un maître ou non
.Est-ce que c'est de la chance? Peut-être un peu.
Mais ce n'était pas la forme qui rendit grand leur art. C'était le fait que, essayant quelque chose de neuf, ils se sont enfin trouvés eux-mêmes dans ce quelque chose.
Seulement à ce moment c'est devenu leur "truc", leur vraie voix, etc.
C'est à cela que les gens ont répondu. A leur humanité, pas à la forme, à leur voix, pas à la forme.
Jetez vous totalement dans la bataille et vous trouverez votre vraie voix. Restez à l'écart et vous n'y arriverez pas. C'est aussi simple que cela.
26. Ecrivez avec le coeur
Il n'y a pas de miracle. Il y a seulement l'amour que Dieu vous a donné.
En tant qu'écrivain professionnel, le fonctionnement d'une discussion m'a toujours intéressé.
Etudier les systèmes de communications, x à la puissance n, etc.
L'idéal dans le domaine de la communication serait de pouvoir dire la même chose , de la même façon à un public d'un million de gens comme à un public constitué d'une seule personne. Pensez au pouvoir que vous détiendriez.
Malheureusement ça ne fonctionne pas ainsi.
Vous ne pouvez pas aimer une foule de la même façon que vous aimez une seule personne.
Une foule ne peut pas vous aimer comme une seule personne vous aimerait
Une relation amoureuse ne se mesure pas. Pas vraiment. C'est un phénomène qui se passe entre deux personnes.
En fin de compte, que vous écriviez pour une personne, pour cinq, pour un millier, pour un million ou pour dix millions, il n'y a qu'une seule façon de se relier vraiment aux autres. Une seule façon qui marche vraiment.
Ecrire avec le coeur.
Articles plus récents
- A lire ailleurs : Le PageRank de Google
- L'arbitrage social : la nouvelle voie vers les rendements hors norme
- Quand la vie d'un programmeur devient belle
- Comment transformer votre blog avec OpenID
- 12 leçons apprises au poste de PDG de start-up
- L'avenir de la lecture (une pièce en 6 actes)
- MP3 - Les opportunités manquées
- Prédire l'avenir
- Google et ses montagnes de données
- L'argent est-il inutile aux Projets Open Source?