Ce texte est traduit d’un article écrit par Pamela Slim
A l’époque où j’étais consultante auprès des entreprises, j’ai passé de nombreuses années à enseigner à des groupes et a animer des réunions au coeur de la Silicon Vallée. J’y ai déménagé après un séjour de douze ans à San Francisco où j’occupais un “vrai poste”. J’étais une sorte de baba cool dans le Comté de Marin (juste de l’autre coté du Pont Golden Gate et j’ai passé de nombreuses années à m’adonner à des activités récréatives, comme la capoeira, cet art martial afro-brésilien, pour lequel j’avais une certaine obsession. (NDT : l’auteur utilise le terme “granola head” pour désigner une personne décontractée comme un Hippie et qui se nourrit de barre de céréales (granola). Pour l’auteur, le terme “Granola head” constitue une façon affectueuse de désigner les Hippies. Ici le terme a été traduit par baba cool).
La première fois que je suis entrée dans une salle de conférence occupée en majeure partie par des ingénieurs, un réveil des plus pénibles m’y attendait. Je ne me souviens pas du sujet abordé dans cette première classe mais il devait tourner autour du thème de l’évolution des carrières et de la capacité à gérer. Avant même que j’ai pu énoncer le premier mot, un participant attira mon attention pour dire :
“Excusez-moi mais avez-vous remarqué que les pourcentages ne s’additionnent pas correctement sur le graphique de la page 27 du syllabus?”
J’ai dû bafouiller quelque chose comme “Oh - d’accord, merci de me l’avoir dit” alors qu’à l’intérieur de moi-même je pensais “Mais bon sang qui s’en soucie et pourquoi diable est-ce tu es déjà allé voir si loin dans le syllabus alors qu’on ‘a même pas encore commencé le cours?”
Après cela j’ai dû essayer, pour casser la glace, de faire faire un exercice que je pensais créatif et amusant. Ils l’ont tourné en dérision et ont refusé de le faire. J’ai cru que j’avais mis le pied dans un véritable cauchemar.
Toute la journée, j’ai dû endurer la contestation, les questions difficiles, les attaques contre ma crédibilité et les regards durs. Si je ne me considérais pas moi-même comme une bonne adepte des arts martiaux, j’aurais pleuré dans les toilettes. Mais j’ai tenu bon. Depuis ce jour, je me suis fixé comme objectif d’essayer de comprendre l’esprit technique de ces participants car il était à des années lumières du mien. Qu’est ce que j’ai appris?
Eviter les fioritures. Eliminer de ma présentation tout ce qui était désinvolte ou avait trait de près ou de loin au marketing ou aux ressources humaines.
Tous les éléments de ma présentation devaient être vérifiés dans les moindres détails. Si j’avais à citer une étude, par exemple, au hasard : “dans le monde, 70 % des gens ont la mémoire visuelle, 20% , auditive et les 10% restant ont la mémoire kinesthésique”, il valait mieux que je rapporte textuellement la citation de l’étude mentionnée, le groupe de recherche qui l’avait finalisée, la date de publication et tous les détails de l’analyse. Les techniciens de haut niveau détestent les chiffres fabriqués surtout s’ils viennent en appui à une argumentation.
Il faut que ce soit pertinent à leurs yeux. Si, dans une classe, j’enseignais les techniques difficiles de l’évaluation des performances, je prenais un exemple réel vécu par quelqu’un du groupe (sans citer de nom bien entendu). Les études de cas particuliers et les situations toutes faites constituaient des cibles de choix pour ceux qui voulaient prouver que ce type de cours était sans valeur aucune.
Avoir un certain sens de l’humour. Une fois que j’aie appris à connaître les gens de la technologie et aimé travailler avec eux, cela m’a enseigné que si je résistais aux premières salves de critique et que je prouvais ma valeur, je pouvais alors me détendre et même m’amuser.
Ne pas se dégonfler. Les techniciens détestent presque autant ceux qui abandonnent et se dégonflent devant les pressions que les vendeurs qui débitent leurs mensonges. Ils vous mettent la pression pour vous faire réfléchir et tester votre force et non pas pour vous intimider. Je dois admettre que j’ai utilisé la menace de violence physique dans les premiers cours que j’ai donnés. Je sais par instinct qui va me donner du fil à retordre dans une assemblée, aussi la première chose que je fais c’est d’approcher et faire face à la personne la plus cynique et/ou la plus grande du groupe, et, le regard planté dans ses yeux, je lui dis “en plus de ma formation professionnelle, je suis également formée aux arts martiaux et n’aie aucun scrupule à en faire usage.” Généralement cela provoque un grand éclat de rire du reste de la classe et presque toujours un sourire et le respect du fauteur de trouble potentiel.
Ne les croyez pas quand ils disent que rien ne les atteint. Certains parmi les plus gentils, les plus créatifs et les plus attentifs que j’ai croisés au cours de mes années de consultante étaient des gens du monde technique. Une fois que j’avais gagné leur confiance et leur amitié, ils étaient vraiment ouverts et plein de considération. Dix nouveaux clients m’ont contactée par l’entremise d’un ingénieur de San Francisco grâce au travail que nous avons fait ensemble dans le domaine de l’évolution des carrières. (Merci Eric quel que soit l’endroit où tu te trouves).
Je suis tout à fait convaincue que ces coups de pied au derrière que m’ont donnés mes clients techniciens ont fait de moi un meilleur entraîneur, un meilleur conseiller et une meilleure femme d’affaires. Et je tiens à ajouter aussi, un être humain plus empathique. Et pour ceux d’entre vous du monde de la technologie qui lisez ceci, je m’excuse de ne pas pouvoir fournir un tableau indiquant le pourcentage exact d’amélioration constatée dans chacune des catégories citées plus haut. Croyez moi sur parole, ce pourcentage est très élevé.
L’article en anglais peut se lire à :
http://www.escapefromcubiclenation.com/get_a_life_blog/2006/04/how_the_technog.html
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