L’arbitrage social : la nouvelle voie vers les rendements hors norme

Ce texte à été traduit d’un article écrit pas Alex Krupp.
L’original en anglais peut se lire sur son site, à l’adresse suivante :
http://alexkrupp.typepad.com/sensemaking/2007/04/social_arbitrag.html

Photo qui illustre le site de Alex KruppVoici la traduction

Jeff Bezos n’était pas un client insatisfait.

Il n’a pas créé Amazon parce qu’il ne trouvait pas ce qu’il cherchait. Ce n’était pas non plus pour n’avoir qu’une équipe restreinte. Ce n’était pas non plus qu’il adorait rester à la maison.

Bezos désirait s’occuper de vente en ligne et, pour ce faire, il utilisa les techniques qu’il avait acquises en tant qu’opérateur de marchés (trader) et analyste financier (quant). Il examina les vingt meilleurs produits qui se vendaient sur catalogue et essaya de comprendre pourquoi certains avaient plus de succès que d’autres. Il étudia la gestion des stocks, les frais de livraison, les délais d’approvisionnement, la demande du marché, etc.

Amazon a vendu des livres non pas parce que Bezos était mécontent de la qualité des librairies mais parce que les livres constituaient, pensait-il, une opportunité d’arbitrage financier.

Et cela a marché. D’autres s’engouffrèrent dans la brèche et la combinaison ” programmeur / analyste financier” devint la colonne vertébrale de la révolution des “points com”.


Cette opportunité a malheureusement disparu. On en a trop profité. Il y a dix ans de cela les déséquilibres économiques temporaires à exploiter étaient légions. Aujourd’hui la situation s’est stabilisée. Cela ne veut pas dire qu’une analyse financière et statistique rigoureuse n’est plus importante. Elle est importante comme elle l’a été de tout temps. En fait l’offre a rattrapé la demande et c’est là qu’il faut trouver l’explication. C’est pourquoi être un brillant programmeur avec les qualités d’un excellent mathématicien ne constitue plus la garantie d’une retraite à 25 ans.

Que faire alors? De l’arbitrage social.

En 1995, tous les sites internet étaient des outils : Amazon, eBay, Yahoo, Hotmail, etc. En tant qu’outils, ces sites servaient les utilisateurs ou permettaient aux utilisateurs de s’en servir. Vous construisiez l’outil qui accomplirait le plus pour le plus grand nombre et c’était la fortune assurée.

Aujourd’hui tous les bons outils ont déjà été créés. C’est pourquoi les start-ups les plus incontournables sur le net ne fournissent plus des outils mais offrent de l’espace. : MySpace, Facebook, YouTube, Digg, Reddit, Squidoo, etc. Si on considère qu’eBay est juste un pinceau alors on peut dire que MySpace se rapproche, quant à lui, du studio d’artiste : un endroit agréable pour passer le temps avec ses amis qui travaillent sur des projets semblables et qui partagent les mêmes outils.

En termes d’importance, la performance des outils est moins grande que l’interaction sociale que ces outils permettent.

Vous ne me croyez pas ? Souvenez-vous de oFoto et Shutterfly? Où sont passés ces sites? Flickr.

En tant qu’outils, tous les prédécesseurs de Flickr fonctionnaient mieux (remémorez-vous les débuts du téléchargement chez Flickr). L’innovation de Flickr c’est d’avoir fait de la photo un objet de socialisation. Une communauté s’est créée autour du partage des photos.

Qu’est-ce que cela signifie en fin de compte? Pour citer Howard Rheingold : “Le vainqueur toute catégorie de demain ce ne sera pas un programme ni un matériel informatique mais bien les pratiques sociales que ces derniers engendreront”. Par le passé, la clef du succès commercial c’était de comprendre au mieux comment les gens utilisaient la technologie. Aujourd’hui la réussite viendra plutôt couronner ceux qui sauront comment les décisions liées au design des sites façonneront tacitement les interactions sociales entre utilisateurs.

On essaye de comprendre, par exemple, comment le système “karma de Reddit” affecte la qualité des discussions, comment la psychologie sociale peut amener les utilisateurs à s’impliquer dans les communautés en ligne. On essaye d’appréhender la différence entre liens qui unissent un utilisateur à un groupe par rapport aux liens qui unissent des utilisateurs multiples entre eux. A partir de cela on essaye d’arriver à des décisions adéquates sur le design d’un site internet.

De nombreuses recherches académiques sur les communautés en ligne ont été faites et sont encore en cours mais en pratique rien de concret n’en est sorti. C’est assez compréhensible car la plupart de ces recherches ont un caractère provisoire et ne donnent que peu de conclusions. En tout cas, ces premières recherches nous disent qu’en général le comportement humain reste pareil à lui-même. C’est à dire que l’internet est une variable médiatrice et qu’elle est prévisible. Cela signifie que nous pouvons adopter au design des communautés en ligne toutes les idées de la sociologie traditionnelle, à savoir les comportements de groupe, la psychologie, les théories éducationnelles, etc.

Design, c’est bien le terme employé.

En considérant le rôle d’internet comme une variable médiatrice dans l’interaction sociale, nous pouvons appliquer les méthodes de la science sociale traditionnelle quand il s’agit de concevoir le design des communautés en ligne. On ne nous apprend pas cela à l’université. On ne peut pas acheter un livre sur ce sujet chez Amazon. Cependant, en alliant ces recherches avec de l’intuition et un peu de bon vieux bidouillage, on peut aller loin.

Observez autour de vous et vous verrez toutes les erreurs qui se font. C’est en fait la même erreur qui se répète inlassablement. C’est comme si nous étions dans une nouvelle bulle.

Pendant la première bulle, celle de l’émergence des “points com”, il y avait beaucoup de start-ups dirigées par des personnes ayant une maîtrise en administration des affaires (MBA) et qui se sont fait éliminer par des programmeurs de génie. Aujourd’hui les sites dirigés par les programmeurs vont se faire éliminer par les start-ups qui auront intégré en plus les systèmes liés aux relations sociales.

Appelez cela un moment de déséquilibre économique, ou si vous voulez, une opportunité d’arbitrage.


Alertes Email

Envie d'être prévenu(e) des mises à jour du site ?

Votre Nom

Votre Adresse Email


Pas de spam, promis !